LA REVOLUTION DU SENS

La question du sens au XXIème siècle :

Le concept de « révolution du sens » pose la question du sens des actions humaines et de la direction qu’elles « doivent » prendre face aux enjeux du XXIème siècle. Au-delà de la question éternelle du sens de la vie qui a trouvé de nombreuses réponses qui se sont traduites par des réponses de type religieuses ou spirituelles tout au long de l’histoire humaine, le contexte social, politique et écologique de ce début du XXIème siècle pose de nouveau la question du sens des actions humaines de manière aigue. L’avènement de la science, dont les sciences humaines et sociales font parties, a eu pour effet de multiplier les savoirs au point que les anciennes conceptions ont été remises en cause et qu’il n’existe plus de réponses totale globale à ce sujet. Face au cloisonnement des savoirs qui en découle, la seule réponse valable semble passer par la construction d’une « pensée complexe » visant à définir le sens que doivent prendre les actions humaines.

Ainsi la question du sens est-elle le véritable défi du XXIème siècle. Un jeune chercheur américain de notre génération, Simon Sinek, s’est employé à démontrer que la majorité des organisations délaissent totalement le champ du sens. Concentrées sur le « quoi » (qu’est-ce que je fais ?) et le « comment » (comment je le fais ?), elles laissent à chacun la responsabilité de trancher le « pourquoi ». Ce « laisser-faire » convient toujours aux mieux armés pour faire face et laisse systématiquement de côté ceux qui n’ont pas les outils, la force ou la chance de s’adapter. Des entreprises les plus innovantes (Apple ?) aux individus les plus charismatiques (Martin Luther King ?), tous ces succès prouvent que la démonstration n’est donc plus à faire de la force sociale, sociétale et économique du sens. Donner du sens, c’est non seulement donner une direction, mais c’est aussi et bien plus rendre intelligible, donner une finalité aux actes de chacun, éliminer l’absurde du quotidien.

La question se pose de manière aigue pour chacun et en réalité la question du sens est la question à laquelle chacun doit répondre pour construire sa propre vie. Cela se traduit notamment au niveau des choix professionnels. Ainsi, s’ils avaient le choix entre deux emplois, sept jeunes sur dix privilégieraient celui « qui a du sens », selon une enquête réalisée par l’institut OpinionWay et 20 Minutes pour l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES), publié jeudi 7 décembre 20171.Priés de citer quatre critères, les 18-30 ans sondés ont aussi largement évoqué la rémunération (62 %), la conciliation entre vie privée et vie professionnelle (58 %), la situation géographique (42 %), le cadre de travail (32 %) et les valeurs de l’entreprise (31 %). Les priorités varient selon le sexe – les femmes sont 77 % à citer un « métier qui a du sens », les hommes 63 %, juste derrière la rémunération (64 %) – et selon qu’il s’agisse de jeunes urbains ou ruraux (ces derniers ne citant qu’à 54 % le critère de la rémunération). Priés de donner, dans une question ouverte, leur définition de l’entreprise qu’ils souhaitent pour demain, ils l’ont souhaitée tout à la fois humainement et écologiquement responsable, rapporte l’étude. 63 % précisent souhaiter travailler dans une structure de l’économie sociale et solidaire, et 11 % disent être déjà dans ce cas. 75 % des sondés estiment que celle-ci va contribuer au changement de la société. Ils sont, par ailleurs, 72 % à penser que le numérique va avoir un impact positif pour l’emploi. Ce léger optimisme, ainsi que leur volonté de s’engager – ils estiment à 57 % que leur génération sera celle qui relèvera les défis environnementaux –, se double d’une vision pessimiste de l’avenir du monde. 87 % des 18-30 ans pensent que « les écarts entre les riches et les pauvres s’agrandiront » dans les prochaines années, 86 % que la planète sera « plus en danger » et 81 % que les conflits vont s’intensifier. Les jeunes ne s’attendent pas non plus à une amélioration de la société : 66 % ne croient pas qu’elle ne sera pas « plus solidaire » et 79 % n’augurent pas d’un « accès au travail plus facile ». En outre, moins de la moitié des sondés (41 %) estiment que les citoyens « s’impliqueront davantage dans la société » à l’avenir.

Mais au-delà des questionnements individuels, la question est surtout posée aux organisations qu’elles soient à but lucratif ou non. La société civile accouche ainsi de nombreux coachs spécialisés dans la question du sens qui accompagnent les individus dans leur quête. Des organisations naissent telle que l’Institut des Futurs Désirables dont l’objectif est de créer de la prospective axée sur la question de la direction que la société souhaite donner à son propre futur. Enfin les institutions internationales ont déjà fixé le cap pour les prochaines années. Le sens fixé par l’ONU en dit long que le futur désirable qu’il s’est fixé à travers les 17 Objectifs de Développement Durable :

1-Eradication de la pauvreté (Éliminer l’extrême pauvreté et la faim)

2-Sécurité alimentaire et agriculture durable (Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable)

3-Santé et bien-être (Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge)

4-Éducation de qualité (Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie)
5-Égalité entre les femmes et les hommes (Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles)

6-Gestion durable de l’eau pour tous (Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau)

7-Énergies propres et d’un coût abordable (Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable)

8-Travail décent et croissance durable (Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous)

9-Infrastructures résilientes et innovation (Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation)

10-Réduction des inégalités (Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre)

11-Villes et communautés durables (Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables)

12-Consommation et production responsables (Établir des modes de consommation et de production durables)

13-Lutte contre les changements climatiques (Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions)

14-Vie aquatique marine (Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable)

15-Vie terrestre (Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité)

16-Paix, justice et institutions efficaces (Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous)

17-Partenariats pour la réalisation des objectifs

Ainsi voit on que la question du sens à donner aux actions humaine a déjà trouvé sa réponse au niveau théorique puisque ces directions fixées sont largement partagées par tous. La véritable question est en fait de faire triompher le sens sur le non sens. Toute la question est de se donner les moyens de cette « victoire du meilleur des possibles ». On voit ici que la simple bonne volonté ne suffit pas et qu’il s’agit de transformer les mots en actes. Pour cela la notion de cohérence entre le pensé, le sentir et l’agir est capitale. Le problème de l’humanité est celui d’un choix : dans quelle direction veut elle aller ? Une fois ceci définit il s’agit de s’y mettre à 100% et de lutter contre les forces qui ne vont pas dans le sens défini. La contradiction entre les actes et les discours est en effet le cœur du problème. Les institutions ne veulent pas lâcher les praxis de l’ancien monde (la guerre, la concurrence économique, la loi du plus riche, la spéculation, le productivisme, etc…) c’est-à-dire celles qui sont porteuses du non sens. Il faut être vigoureux dans la dénonciation des pratiques de l’ancien monde qui met l’humanité dans le sens du non sens. Ces pratiques sont en lien avec le développement du capitalisme financiarisé dont l’égoïsme est le moteur fondamental. L’humanité est prise au piège du système qu’elle a elle-même généré. L’homme du quotidien est obligé de se soumettre aux critères de la finance mondialisée pour survivre et ne pas sombrer dans la déchéance qui est promise à ceux qui se marginalisent de son processus. Chacun est obligé de subir des compromis et à travailler pour le non sens ne serait ce que pour survivre dans un monde de factures de plus en plus contraignant. Ce piège est vrai pour tous les individus à l’exception d’une minorité qui tient fermement les cordons de la bourse et profite du système. La figure du riche est ainsi le seul espoir de l’individu quotidien de sortir des servitudes imposées par le système. Cette admiration pour la condition du riche est certainement le moteur le plus important du non sens. Il s’agit de créer une alternative à la figure du riche pour promouvoir une véritable culture du sens. Cette alternative est vécue au quotidien par des milliers de travailleurs qui vivent les métiers du sens et qui se battent au quotidien pour préserver le sens de leur travail contre les normes gestionnaires qui veulent s’imposer dans tous les secteurs d’activité.

Il s’agit de tenter de donner à chaque individu la possibilité et les moyens de vivre selon le sens de l’histoire qui est celui des 17 ODD. Pour cela il faut retrouver le sens d’une utopie à construire qui est plus forte que le non sens capitaliste. Le dépassement du capitalisme est l’horizon qui doit être dépassé pour que triomphe le sens sur le non sens. Pour lutter contre l’idéologie néo libérale qui le porte, il s’agit d’écrire une nouvelle histoire du sens, un grand récit pour canaliser les états affectifs latents de frustration générés par les contradictions du système capitaliste. Ce sens nouveau est celui de l’histoire d’un grand partage qui pour la première fois de l’histoire doit pouvoir se faire au niveau planétaire. Le sens est donc le partage planétaire. L’économie du sens est le secteur économique qui porte les valeurs du grand partage planétaire. Il s’agit de créer une praxis globale dans laquelle les pensées, les paroles et les actes trouvent leur unité dans la construction de ce grand partage planétaire. Cette praxis globale est à construire par un dialogue entre toutes les professionnalités qui portent le sens d’une manière ou d’une autre. Il doit y avoir une prise de conscience de l’existence d’un secteur du sens qui est à protéger contre les méfaits de la marchandisation et du capitalisme financiarisé. C’est là le rôle de l’Etat mais surtout celui de la société civile d’où viendra les solutions, inventées au quotidien pour répondre aux enjeux du XXIème siècle. Il est logique de ne pas trop compter sur les vieilles institutions qui sont porteuses du système qui nous aliène. Il s’agit de créer de nouvelles institutions notamment au niveau planétaire, au-delà des instances internationales, la nation étant par excellence un des moteurs de l’ancien monde et du non sens. 1