La nouvelle sensibilité sociale

Le « sens du social », c’est d’abord une sensibilité à la cause sociale. Cette sensibilité est nouvelle dans le sens où elle est une adaptation d’un logiciel social solidifié par des décennies d’expériences et de pratiques à un environnement culturel et mental qui a changé.

Cette sensibilité se traduit d’abord par une forme de souffrance morale face aux coups de buttoir des politiques néo-libérales qui remettent en cause les termes du contrat social des Trente Glorieuses. Elle se manifeste par une forme de refus de ces évolutions, notamment celles en lien avec la lente remise en cause (au nom d’une rationalité économique devenue toute puissante) des droits et acquis sociaux sur la base desquelles était fondé le pacte social. La marche du progrès dans le cadre d’un Etat Protecteur Providence, fondée sur l’amélioration des droits sociaux en échange du devoir de « travailler », semble s’être arrêtée et il en ressort une forme de tristesse, de nostalgie du temps passé perdu. Le cœur de la sensibilité sociale est donc une passion triste, frustrée, blessée. C’est sans doute là la clé de sa perte de vitesse : qui souhaite s’identifier à quelque chose qui fait mal, à un combat qui semble perdu d’avance dans le jeu des forces en présence ? Personne ne souhaite vivre cette « souffrance éthique » qui consiste à aller au delà du sens du vent, pour conserver intact en soi le « message social » et porter au dehors, à la face du nihilisme ambiant, un combat qui ressemble de plus en plus au combat de Don Quichotte face aux moulins à vent.

Car tel est bien le vécu des nouveaux « héros du social » : le social est devenu un combat de « résistance ».

L’enjeu pour la sensibilité sociale est donc de (re)devenir nouvelle c’est à dire de dépasser cette souffrance qui s’exprime en « résistance contre » pour adopter un point de vue positif : une « résistance pour ». Il s’agit ni plus ni moins de dépasser l’aspect conservateur de son combat : un combat qui s’appui sur le regret d’un passé idéalisé et sur la défense de « privilèges » (même s’il sont d’ordre sociaux) qui semblent d’un autre temps face à l’inéxorable marche néolibérale du monde. Pour définir ce « pour quoi » elle se bat, la nouvelle sensibilité sociale doit profondément renouveler son logiciel pour devenir un nouvel espoir d’émancipation. Pour cela, elle ne doit plus rester seule mais doit rallier la cause écologique et devenir le second pilier (le volet 2) d’un développement durable.

Le combat n’est plus « une lutte des classes » mais « une lutte pour sauver la planète », c’est à dire ce qui est commun à tous ou dit autrement une nouvelle forme d’ « intérêt général supérieur ». Ce combat doit être fait au nom de la prise de conscience de « l’irrationalité économique » au nom d’une rationalité supérieure : l’écologie. Autrement dit, il s’agit de trouver la voie pour que l’économique soit soumis au social et à l’écologique et non l’inverse. Il s’agit donc de changer de cap en profondeur c’est à dire au niveau des praxis quotidiennes pour réaliser une « révolution du sens », un changement de priorités fondé sur une autre compréhension du sens de la vie & du sens du travail.

C’est à cette thématique que nous consacrons cette rubrique sur « la nouvelle sensibilité sociale » afin de poser les fondements de ce « pour » pour lequel il s’agit de se battre.